Comment écrire un scénario?

Je te souhaite un bon début de semaine. Après avoir passé plus de 25 années en production cinématographique, il m’est passé entre les mains des centaines de scénario. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas du tout comme un roman, plutôt le contraire. Mais alors, qu’est-ce qu’un scénario au juste ?

La différence entre un roman et un scénario

La première chose qu’on doit se dire quand on parle de lire ou d’écrire un scénario, c’est d’écrire uniquement le visuel et le sonore (ce que tu vois et ce que tu entends). Donc tout ce qui est lié à « il se rappelle/pense que/sent que… il se dit que… il a l’impression de… « . Ces impressions ou pensées ou souvenirs doivent être « vus » sur l’écran. Ces plans sont donc intégrés dans les pages du scénario et éventuellement filmés. Cela devient alors une nouvelle scène.

Par exemple : Une jeune femme se berce. Elle est heureuse.

Le seul élément visuel ici est « la femme qui se berce ». On imagine qu’elle est assise dans une chaise berçante. Pour la seconde partie, même au niveau d’un roman, on sera plus explicite. On fera référence à la raison de ce bonheur. Elle revivra certains souvenirs. Ces éléments seront ajoutés au scénario. Sinon, il est à peu près impossible de filmer quelqu’un et lui dire : tu es heureuse. C’est quoi être heureux ? Un sourire, des yeux fermés, des larmes de joies ? Si c’est le cas, il faut l’écrire. et ces éléments deviendront « visuels ».

La rédaction visuelle

Alors que j’étais étudiant, dans un cours de montage, le professeur nous raconta l’histoire suivante. Un cinéaste réputé se demandait ce qui faisait fonctionner une scène et pourquoi le cinéma était devenu rapidement populaire. Il s’agissait d’interactions entre une scène et la suivante. Alors il a fait l’exercice suivant : Il a filmé un homme assis sur une chaise, lui ayant demandé de ne pas penser, de ne pas réagir. Bref, de rester complètement neutre, passif, inactif. Ensuite, au montage, il a intercalé plusieurs plans de guerres, de gens blessés, d’explosions, de tueries. Une fois le film terminé, il l’a projeté. Les critiques ont été tout simplement le contraire à ce qu’il s’attendait. L’homme a été déclaré le meilleur acteur de tous les temps, ayant démontré des émotions extraordinaires suite aux images ajoutées.

Il y a une morale à cette histoire. Quand tu écris ton scénario, tu ne parles que de descriptions et de dialogues. Tout passe par ces deux éléments. Si ton acteur « pense », tu décris, par des « images », ce qu’il pense. Il n’y a ni musique, ni effets sonores, ni montage sauf celui lorsque tu changes de scène. Le roman te permet une énorme plus grande latitude que tu ne retrouves pas dans un scénario.

La « durée » de ton film

Un scénario est écrit avec un type de caractère spécifique avec les espaces appropriés. La raison est bien simple. Les scénaristes utilisaient la dactylo bien avant l’invention de l’ordinateur. La façon de calculer la durée d’une émission ou d’un film dépendait en grande partie du nombre de pages. Une page équivaut à une minute. Un scénario de 180 pages équivaut à un film de 180 minutes, soit 3 heures. Avec l’arrivée de l’ordinateur, le même type de caractère est utilisé avec les mêmes paramètres de mise en page (Courier 12pt font, sur une page 8 1/2″ x 11″) afin de pouvoir « mesurer » la longueur d’une production. Tous les téléromans d’une durée de « 30 » minutes à l’écran ont un scénario d’environ 23 pages. Donc en général, on a 23 minutes de contenu, 30 secondes à une minute pour le générique d’ouverture, environ une autre minute pour le générique de fermeture et les espaces pour les publicités. La demi-heure d’écran est remplie.

C’est pourquoi les producteurs relisent et coupent dans les pages, ou font réécrire plusieurs parties du scénario afin d’éviter des frais supplémentaires ou qui pourraient devenir « imprévus ». C’est souvent le cas avec les éléments incontrôlables (feu, vent, eau, cascades). Le scénario est le film. C’est la référence de ce que tu verras sur l’écran, autant visuellement qu’en temps de visionnement.

La partie technique de l’écriture

Lorsqu’on est dans un endroit particulier, on parle de scène. Cette scène doit être écrite en majuscules, utilisant le même type de caractère que celui utilisé pour l’écriture du scénario. À chaque fois qu’on change de « décor », on doit débuter un autre paragraphe en répétant les mêmes paramètres. Cette entête est alignée à gauche et doit décrire le lieu, l’ambiance et le temps.

Lorsque les personnages entrent en scène et ont un dialogue, ces dialogues sont écrits au centre de la page avec le nom en majuscule du personnage en question. Il ne sera écrit que la ligne de dialogue de ce personnage uniquement. Une autre ligne avec le nom d’un second personnage suivra, avec les mêmes critères et sa ligne de dialogue uniquement. Lorsqu’on revient à la description de l’action, on aligne sur le côté gauche les paragraphes narratifs/descriptifs. Lorsqu’on mentionne le nom d’un personnage, il doit être écrit en majuscules. Voici un exemple.

***

INTERIEUR. APPARTEMENT DE MARIE. CHAMBRE A COUCHER. NUIT.

MARIE dort mais elle est agitée. Elle bouge sans arrêt.

MARIE

Non… non…partez…

MARIE se réveille en sursaut et en sueur. Elle a les yeux grands ouverts, surprise mais effrayée.

AÉROPORT. DOUANES. NUIT.

ALAIN arrive, bagages à la main, vers le passage douanier.

DOUANIER

Passeport s’il vous plaît.

ALAIN

Voilà…

Le DOUANIER inspecte le passeport, regarde ALAIN, revient vers le passeport. Il l’insère dans un scanneur.

EXTÉRIEUR APPARTEMENT DE MARIE. RUE. CABINE TÉLÉPHONIQUE. NUIT.

Un homme entre dans une cabine téléphonique. Il prend le combiné et insère une pièce de monnaie dans l’appareil. Il signale un numéro.

INTERIEUR. APPARTEMENT DE MARIE. CHAMBRE A COUCHER. NUIT.

Le téléphone sonne. MARIE se retourne nerveusement. Elle se bouche les oreilles. Au bout de quelques secondes, la sonnerie arrête. Marie devient de plus en plus nerveuse, bougeant sans arrêt. Le téléphone sonne à nouveau. MARIE saute dessus et répond.

VOIX

Ça t’a plu ?

MARIE

Foutez-moi la paix !

Elle se met à paniquer en accrochant brusquement. Elle sort de son lit et se précipite à la fenêtre. Elle le voit dans la cabine téléphonique. Elle panique et s’effondre sur le plancher de la chambre en pleurant.

***

À noter que le langage employé est strictement visuel. C’est l’action que l’actrice doit interpréter. Le réalisateur la guidera vers le résultat qu’il « voit »‘ une fois le film terminé. Il est donc important que le scénario soit clair et précis.

Lorsque tu changes de décor

En écrivant un scénario, on doit l’écrire en fonction d’un visuel précis sans pour autant entrer dans les détails. Par exemple, dans le film Matrix, lorsque Keanu Reeves est étendu sur une table avec des centaines d’épingles enfoncées dans la peau, on n’apporte aucune description de ce genre dans le scénario. Cela est fait à une étape suivante, qui s’appelle le storyboard.

Qu’est-ce qu’un storyboard ?

Un storyboard est une bande dessinée du film. Tous les plans sont dessinés et mis les uns à la suite des autres. On regarde le film en bandes dessinées. On apporte les correctifs et les dialogues sont écrits dans le bas afin de pouvoir suivre l’action et le déroulement de l’histoire.

Le découpage

Les « scènes » telles que décrites précédemment sont le travail du scénariste. Mais les numéros et les regroupements font parties du travail du réalisateur et de son assistant. Ils vont y ajouter les scènes/séquences et plans. Par exemple, chaque scène dans l’appartements seront cédulées pour le même jour de tournage. Cependant, pour que le monteur sache dans quel ordre ces scènes seront montées, elles doivent porter un numéro différent. Ce sera le travail de la script de mettre ces numéros au bon endroit dans le scénario, qui ensuite sera remis au monteur. Le réalisateur et son assistant vont alors découper l’histoire en fragments qui seront ensuite filmés en groupes lors des journées de tournage. On ne filme pas en continuité, comme on le faisait dans les premières années du cinéma. Ceci permet d’économiser sur le temps de tournage, les déplacements inutiles et les frais d’attente entre les scènes. En général, tous les plans d’intérieur sont tournés en studio. Le décor y est construit, les images dans les fenêtres sont soit peintes ou remplacées par un écran de couleur (la couleur verte a été adoptée).

Un bon scénario en est un qui raconte une histoire, une bonne histoire. Tu peux savoir écrire un scénario, c’est la partie la plus facile avec un peu de pratique et aussi en lire quelques-uns. Mais raconter une histoire, c’est tout autre chose. Dans les articles précédents, j’aborde comment avoir des idées et élaborer une histoire. Si tu veux en savoir plus, envoie-moi un message. Il me fera plaisir de t’aider.

Si tu veux te procurer un logiciel d’écriture de scénario, voici quelques liens que je t’ai trouvés. Certains de ces logiciels sont gratuits, ou du moins ils ont une version gratuite… mais ils sont tous en anglais !

http://www.trelby.org/

https://www.celtx.com/pricing.html (il y a une version gratuite)

https://www.writerduet.com/ (il y a aussi une version gratuite)

https://www.fadeinpro.com/page.pl?content=download (cette application est disponible pour Windows, Mac, Linux, Android, iPhone/iPad)

http://www.literatureandlatte.com/scrivener.php (c’est un logiciel polyvalent qui est assez solide. Tu peux l’utiliser autant pour écrire un roman que pour écrire un scénario. Il est payant mais tu as une période d’essais de 30 jours. De plus, il est vraiment abordable.)

https://www.finaldraft.com/ (c’est le logiciel le plus utilisé dans l’industrie. À moins que tu doives partager l’écriture avec d’autres scénaristes, tu n’es pas obligé de l’utiliser. Il est payant.)

Que ce soit un roman, un scénario, une nouvelle, un poème, une toile, une sculpture ou un immense graffiti, il n’y a qu’une chose que tu ne dois pas oublier, sois créatif!

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