Comment faire une production visuelle?

Je t’ai parlé jusqu’à maintenant des différents genres de productions écrites. Mais il existe d’autres types de production pour raconter une histoire. Les premières productions visuelles remontent à plusieurs milliers d’années. Nous en retrouvons certains vestiges dans des cavernes. Comme l’écriture n’existait probablement pas, les hommes préhistoriques illustraient leurs aventures sous formes graphiques. Il serait à penser également que l’art de raconter aurait pris racine dans ces premiers moments d’aventures risquées et dangereuses pour tout simplement survivre.

La représentation graphique s’est transmise depuis ce temps. Elle s’est raffinée et est devenue un art. Plusieurs de ces artistes au fil du temps sont devenus maîtres dans cet art et ont laissé des chefs- d’œuvres derrière eux. Cette progression artistique ne s’est pas arrêtée pour autant. Le besoin de s’exprimer s’est poursuivi avec toutes les formes et styles que nous connaissons aujourd’hui. Les techniques ont également connues des heures de gloire. Le 19e siècle nous a apporté la photographie puis, à l’aube du 20e siècle, le cinéma.

Qui a eu cette idée folle de faire des films?

Les frères Lumière sont les inventeurs du cinématographe, cet appareil qui a permis de prendre des vues (le terme « film » n’existait pas à l’époque) de 40 à 55 secondes. Le 28 décembre 1895, les frères Lumières ont organisé la première projection cinématographique publique et payante, composée d’une dizaine de petits films d’environ une minute chacun, à Paris. dont le film « L’arrivée du train en gare » où les spectateurs avaient paniqué en voyant un train se diriger vers eux.

Les frères Lumière ont produit des milliers de courts métrages dont la plupart furent des documents tirés de la vie de tous les jours. Ils ont également joué un rôle primordial dans le développement du cinéma comme une forme d’art populaire. Les frères Lumières ont été des pionniers, pas seulement du point de vu technique mais aussi sur le plan artistique parce qu’ils ont ajouté le réalisme dans leurs films.

Cependant, malgré le réalisme que le cinéma apportait dans les salles obscures, Louis Lumière a dit : «Le cinéma est une invention sans avenir !» Son frère Auguste a ajouté : «Notre invention peut être exploitée pour un certain temps comme une curiosité scientifique, mais en dehors de cela, elle n’a aucun futur commercial, quel qu’il soit».

Un raz-de-marée technologique

Contrairement aux prédictions des frères Lumière, le cinéma a été un raz-de-marée sur tous les autres médiums utilisés pour raconter une histoire. Il ne faut pas oublier que si la peinture a été pendant des siècles le seul outil pour illustrer une histoire, il s’agissait de représentations fixes (sans mouvement), l’arrivée de la photographie l’a remplacé, offrant à plusieurs ne sachant pas manier le pinceau, un moyen d’expression tout autant valorisant. Ce fut cependant de courte durée. L’évolution technique a permis de développer les films à prises fixes sur de longs supports permettant de « filmer » pendant plusieurs secondes, puis plusieurs minutes, des gens en mouvement. Il a fallu adapter tout ce processus d’une industrie naissante avec des accessoires pour permettre au public d’assister à ces représentations. Pendant des décennies, cette jeune industrie s’est développée sur ce seul principe de pellicules aux multiples images par seconde, ajoutant le son, puis la couleur et toutes sortes d’avancées technologiques plus ou moins révolutionnaires jusqu’à l’arrivée de l’ordinateur.

Les ordinateurs ont bouleversé l’industrie, non seulement au niveau de la production en tant que telle, mais aussi dans la façon de produire ces films allant de la préparation à la finalisation et en passant par les techniques de production et post production.

Alors comment raconter une histoire en cinéma ?

Je t’ai déjà entretenu sur la façon d’écrire une histoire pour le cinéma. On appelle ça un scénario. Allons un peu plus loin et regardons comment, à partir de ce scénario, mettre des images sur des mots, quels sont les gens impliqués et comment fait-on pour que le tout devienne magique sur le grand ou petit écran.

Le scénario

C’est l’élément clé de toute histoire. Pas de scénario, pas d’histoire. Une fois cette étape passée, acceptée et approuvée, la machine se met en marche. Le scénario est découpé en scènes et plans, un horaire de tournage est établi, les équipes de production recoivent une copie de ce scénario et plan de tournage et préparent le matériel, costumes, maquillage, effets spéciaux, caméra et équipements spéciaux pour faire le film. Les acteurs reçoivent un entrainement s’il y a lieu, font les répétitions des scènes, s’entretiennent avec réalisateur et producteur, et se préparent mentalement pour donner une performance égale à celle de leur personnage.

Le tournage

Le tournage est ce moment où toute la machine est en marche. Chaque minute est planifiée. On n’appelle pas ça une industrie pour rien. C’est vraiment un travail à la chaine au nom du septième art ! Toutes les questions existentielles ayant été réglées à l’étape de la pré-production. On est rendu aux moments de passer à l’action. Les ressources ont été mises en place, les spécialistes convoqués. Que ce soit les effets spéciaux (explosion, cascades), les maquillages monstrueux, les effets visuels (écrans verts, maquettes, marionnettes électroniques remplacées par images 3D), chacun sait quoi, quand et où il doit intervenir et avec quel équipement. Le budget est surveillé de près et est la raison principale de cette planification. La plupart des scènes et plans sont tournés selon les décors choisis sur place, en extérieur En général, les déplacements sont limités et les scènes intérieures sont tournées en studio. La « script-girl » est celle qui selon les ordres du réalisateur, prend en note, sur le scénario, quelles sont les prises choisies. Ces notes sont ensuite envoyées au monteur qui replacera les plans selon l’ordre du scénario. Ainsi, minutieusement, jour après jour, le scénario, l’histoire, prend forme. Ce tournage peut s’étirer sur plusieurs semaines, de jour comme de nuit, en semaine ou fin de semaine selon les besoins du tournage et de la production. Le but : mettre sur image une histoire.

Le réalisateur est évidemment le chef d’orchestre de cette machine. Mais là n’est pas le seul rôle important d’une production. Le directeur photo est tout aussi important car il est celui qui donne le ton à l’image, l’atmosphère et les émotions à transmettre au spectateur. Tourner un film est un travail d’équipe. Cette équipe est composée de responsables (maquillages, costumes, casting des acteurs, machinerie, caméra, assistants réalisateurs, éclairage et production). On peut retrouver une cinquantaine de professionnels de l’industrie pour une seule production. S’il s’agit d’une grosse production, on dépasse la centaine, sinon plus. Pour s’en rendre compte, il suffit juste de rester assis lors de la fin de la projection d’un film et regarder défiler le générique. Évidemment, lorsque le film comporte des effets visuels, les 5 colonnes de noms défilent en disparaissant dans le haut de l’écran alors que le bas laisse apparaître d’autres noms de ces artistes ayant œuvrés à l’achèvement des plans comportant des images d’un autre monde. Un film comportant des effets visuels ajoute des centaines de professionnels à la liste déjà longue d’une production majeure. Pensons à tous les films de Marvel, Star Wars, Le seigneur des anneaux, Harry Potter, etc.

La post production

Une fois le tournage complété, le réalisateur s’occupera de finaliser le montage. Cette étape prendra plusieurs semaines. Parallèlement, les spécialistes des effets visuels commenceront le travail de certains plans mais attendront une image finale avant de procéder à la production finale proprement dite des images de synthèses. Ils fourniront cependant des images temporaires pour que le réalisateur puisse effectuer le montage et avoir un aperçu du résultat final. En parallèle aussi, toute la production sonore préparera les effets sonores (environnement ou électroniques) et les enregistrements des voix si la prise de son avait été affectée lors du tournage. Le musicien recevra un scénario mais ne pourra vraiment commencer son travail que lorsque l’image finale, à durée fixe et dont les plans sont « barrés »(c’est-à-dire aucun changement ultérieur quant à l’image). Cette image finale démarrera également les effets visuels finaux qui s’échelleront sur plusieurs mois.

Arrive la dernière étape qui est celle de mettre en place toute la bande sonore, incluant la musique. Encore une fois, c’est le réalisateur qui dirigera les équipes vers sa vision de l’histoire et tous les éléments sonores seront balancés pour créer l’atmosphère appropriée.

« On n’arrête pas le progrès ! »

Si l’ordinateur a bouleversé la façon de raconter une histoire au cinéma, les percées technologiques ont été la mort de plusieurs façons de penser de même que de plusieurs professionnels qui n’ont pas pu/su/voulu s’adapter à ce rythme infernal de la modernisation. Internet a été le clou de cercueil de plusieurs mentalités et compagnies de l’industrie cinématographique. Le libre marché, les productions faites maisons ont vu le jour, YouTube a permis à des milliers (ou millions) de gens de se faire connaître, l’industrie cinématographique a changé de main, la technologie a ouvert la porte de plusieurs pseudo-producteurs et réalisateurs et des centaines en vivent sans pour autant être des vedettes du grand écran. À ce rythme, que se passera=t-il dans 10 ans ? Déjà la pellicule a été remisée au profit des cartes mémoires, les effets visuels sont dorénavant purement synthétiques mais donnent une illusion organique, les monstres et super héros se multiplient à la vitesse de l’éclair au point qu’être un humain tout à fait normal sera une exception tout à fait banale sur la planète. Qui voudra connaître ton histoire ?

À suivre…

La semaine prochaine: Comment utiliser la technologie pour raconter une histoire ?

D’ici là, et pour survivre, sois créatif !

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