Comment matérialiser son idée en histoire

La vie est notre premier professeur, notre premier coach, notre premier maitre. On naît, on grandit, on devient un enfant, presque autonome. Puis vient l’adolescence avec des idées contradictoires, et finalement un adulte responsable.

C’est un processus complet de matérialisation. On part d’une idée, on en devient responsable, on la supervise, on la guide, on l’éduque, les problèmes surviennent, on la voit grandir et on la laisse voler de ses propres ailes.

Première étape ! La naissance de l’idée.

Lorsqu’on se met à penser et réfléchir, les idées commencent à se bousculer. On y met de l’ordre, on organise rapidement et on remue les mêmes idées. Tout arrive au niveau du virtuel, du mental, où tout est flexible, mais latent.

« J’ai plusieurs idées sur… »

Oui, c’est bien. Mais jusque-là, rien n’est encore matérialisé. Il faut enfanter les idées.

« Tu as avancé dans ton projet ? Non, j’ai avorté. »

Si tu ne matérialises pas tes idées, tu ne feras que des avortements.

Alors, pourquoi avoir des idées ? Pour répondre à tes questions existentielles ou exprimer ton besoin créatif. Et quelle façon subtile et idéale que celle d’écrire ?

Écrire a toujours été et ce sera toujours un besoin inné ancré profondément dans nos racines. En fait, écrire est une façon de communiquer, partager, informer, raconter, dire, amuser, blesser, divertir, réprimander, exprimer, dialoguer, annoncer, jaser, médire, murmurer, nommer et révéler.

Pourquoi est-ce si important d’écrire ?

Que nous soyons cartésiens ou créatifs, tout part d’une idée. Et pour bien visualiser cette idée, on la dessine, ou on l’écrit.

Alors, que se passe-t-il réellement au moment même où on pose la pointe de la plume sur le papier ou des lettres sur un écran ?

Tu viens d’enfanter. Matérialiser son idée est faire basculer le monde immatériel au monde physique et palpable. Tu viens de lui donner vie !

Et ensuite ?

Parallèlement, tu viens de libérer le remue-méninge des mêmes idées. Mais là n’est pas la fin, ce n’est que le début. Tu vois cette idée devenir réalité. Deux phénomènes arrivent : ou bien tu te rends compte que l’idée n’est pas si géniale, ou tu t’aperçois du potentiel de la développer. En général, on tient obstinément à notre idée malgré les tares qui subsistent, mais ça, tu ne les vois pas. Comme tout parent, tu es fier et tu tombes amoureux avec ta création.

Donc, peu importe le résultat, tu choisis de poursuivre et tu te dis que tu vas parer au pire avec courage et détermination… en trouvant d’autres idées.

Walt Disney se promenait souvent dans les bureaux de ses dessinateurs et regardait dans leur poubelle. Il prenait les dessins jetés et écrivait une note : pourquoi est-ce que vous jetez souvent vos meilleurs dessins et gardez toujours les plus mauvais ?

Deuxième étape ! L’idée se transforme en histoire.

C’est ici que tu vas nourrir ton idée. Tu vas l’entourer d’autres idées similaires pour la faire grandir. Mais tout n’est pas rose. Le plus dur est à venir. Comment prévoir ? En se posant les bonnes questions.

Poser les bonnes questions est la seule façon de trouver des solutions.

En illustrant cette idée en une carte mentale, tu joins d’autres idées. Certaines iront dans le même ordre, d’autres seront à l’opposé.

Tu amasses le plus d’informations possible autour de ton idée, car tu ne veux pas la laisser mourir. Tu veux la transformer, tu veux la voir grandir, tu veux la transmuer en or.

Tu veux la laisser libre !

La liberté se paie cher, au prix de nombreux efforts.

Les efforts se transforment en éléments-clés d’une mer houleuse. Ces vagues successives qui emmèneront le lecteur sur la crête des conflits jusqu’aux défaites cuisantes du creux de tes ondulations.

Mots après mots.

Tes idées forment des phrases, tes phrases forment des paragraphes, les paragraphes forment des pages qui se transforment en chapitres.

Troisième étape ! L’histoire crée le personnage.

Tu viens d’entrer dans la phase où tu vas enfanter ton personnage. Il ne peut que faire partie de ton monde, un monde de conflits. Pourquoi ?

Pas de conflits, pas de héros, pas de méchants et pas d’histoire.

Cette phase est la plus longue. Il faut prendre des forces. La meilleure façon est de jouer à l’éponge, on absorbe tout ce qui est possible pour tricoter une histoire et des personnages hors du commun.

Comme tout processus alchimique, on a besoin des meilleurs ingrédients qu’on amalgame autour de l’idée principale. Elle avait des tares ? Alors c’est un avantage !

Ce processus créatif demande de l’attention et de la rigueur au quotidien. Il faut tirer parti des tares et les mettre à ton avantage, les tourner en conflits ! Et c’est là que les questions fusent de toute part. Pourquoi ?

Avant même qu’une question soit posée, la réponse existe déjà. Le problème est de la trouver.

Ton bébé du départ devient un personnage important dans ton histoire. C’est la pierre angulaire qui sauvera le monde.

Peu importe l’histoire que tu racontes ou l’utilité que tu en fais, on raconte tous une histoire parce qu’on aime les histoires.

Et chaque histoire est un amalgame de hauts et de bas. Les bas sont peuplés de conflits où ton personnage baignera dans toute la douleur que le monde peut engendrer.

On fait tous face à des conflits, c’est ce qui nous motive à agir, à poser des actes et vaincre, ou mourir.

Les conflits nous font grandir. Souffrir est pénible, mais le désir nous pousse à l’affronter. On veut tous que tout se passe bien, mais les humains ont des désirs opposés selon leur bon entendement. C’est une source de conflits perpétuels. Qui va gagner ? Le doute s’installe. Les personnages qui au départ semblent contradictoires ne font que se compléter comme le yin et le yang. Le bon finira toujours par vaincre.

Pourquoi écrire si la fin est prévisible ? Non, tu emmènes ton personnage dans des montagnes russes d’émotions. Personne ne connaît le dénouement, la fin de ton histoire, même pas toi cher auteur !

La vie est remplie d’impondérables. Rien ne se passera comme tu penses, bien au contraire !

Un de mes étudiants avait fait toute sa structure de son récit et dès le départ, on se doutait bien qu’un des personnages était le coupable. Mais toutes les enquêtes démontraient le contraire. Le personnage principal n’en faisait pas de cas, il pensait à sa façon et se convainquait de la culpabilité d’une des victimes de Jeff, trouvant une justification à toutes les preuves. « Et si ce n’était pas lui le coupable ? » lui ai-je dit. Il a été perplexe. « Qui alors ? » Sans même changer un iota de la structure, tout a été modifié pour justement ne pas rendre l’histoire si prévisible. C’est la flexibilité des structures enseignées dans mon cours.

Les conflits te laissent un doute. Ils sont puissants. Personne ne peut s’en sortir vivant, personne ou presque. Ton héros est intelligent, mais ne peut tout prévoir.

Pourquoi ?

La fin ne peut qu’être mieux appréciée.


Sois créatif!

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