Je suis tombé dans la littérature très jeune. À l’aube de mes dix ans, mon monde a basculé vers un monde parallèle mais ô combien magique et en quelques jours, j’ai transité vers les livres des grands. L’univers de la littérature s’est scindé en deux pour me faire voir ses merveilles. Mes résultats scolaires en ont souffert un peu, mais il n’était pas question d’abandonner ces livres qui me permettaient d’échapper du monde limité dans lequel j’étais emprisonné.

C’est dans cet univers que j’ai évolué, passant la majeure partie de mon temps dans des livres magiques jusqu’au jour où j’ai décidé de prendre le temps d’écrire plus que 100 mots pour une composition scolaire. En à peine 1 heure, j’avais écrit 3 pages. Le lendemain, ce fut comme une trainée de poudre. Tous les élèves en avaient entendu parler, plusieurs voulaient la lire. C’est là que tout a changé. Je suis passé de lecteur à rédacteur.

J’ai une carrière de plus de 30 années en cinéma, ayant touché à presque tout, mais je n’ai jamais abandonné l’écriture. L’envie d’écrire un gros projet m’avait toujours hanté, un projet de télé série. Mon frère et moi nous sommes mis au travail et après quelques mois, le projet tenait la route mais fut refusé pour cause budgétaire. « Alors, écrivons un roman, nous n’aurons aucune limite sauf l’imagination », lui dis-je. Aouma Sutra est né ce jour-là de même que mon envie de créer des mondes au-delà de l’imagination.

Le tome I a pris plus de 10 ans à écrire. Non pas que je suis lent, même si c’est vrai, mais cette histoire qui se voulait simple au départ est devenue complexe (à ne pas confondre avec compliquée). Cela a demandé une organisation pour ne pas se perdre en cours de route avec tous les personnages et leurs histoires réciproques.

De là sont nées différentes techniques de survie en tant qu’auteur. Ça prend des outils et une méthode de travail si on veut éviter le suicide assisté. Comment survivre ? Par la force des choses, ces outils se sont développés avec le temps.

Une fois ces outils mis en place, le rythme d’écriture s’est accéléré sans que j’aie été obligé d’avoir plusieurs heures libres devant moi pour passer à l’action. Je me suis mis à écrire par tranche parfois de 15 minutes, d’autres fois de 30 minutes ou plus.

Grâce à cette méthode développée en cours de route, je me suis donc mis à écrire plus rapidement des paragraphes précis évitant la longue et souvent ardue procédure de l’édition. Je gagnais du temps.

Depuis plusieurs années, j’expérimente cette méthode en enseignement scolaire pour voir si elle fonctionne vraiment parce que la composition d’un texte créatif fait peur, même s’il ne s’agit que d’un texte de 1000 mots. Suite à l’explication de cette méthode, des étudiants adultes, secondaires et même primaires m’ont surpris. Ils développent en 1 ou 2 cours (50 min par cours) le mind mapping et la structure de premier niveau. L’écriture se fait aisément malgré le manque de style et de genre, mais la méthode expliquée les aide à terminer leur récit. Ils ne pensaient pas réussir à écrire un texte aussi créatif et développé, mais pourtant ils ont réussi. Cette méthode, je veux la partager avec toi.

Yves Béland